En résumé : La Cuesta de Queulat nous faisait un peu peur du fait du dénivelé et de la mauvaise qualité du ripio. Nous n’avons pas été déçus ! Enorme satisfaction au sommet mais malheureusement grosse frayeur avec une mauvaise chute de Siméon.
Dans les détails : La route jusqu’à Puyuhuapi est relativement tranquille. Ici, la route est une succession de petites montées et de petites descentes. Rien de bien spectaculaire ; nous pédalons à un bon rythme et laissons la matinée se dérouler ainsi. Il est relativement tôt lorsque nous arrivons à ce petit port et passons l’après-midi à nous reposer dans un camping.




Nous profitons de cet arrêt pour bien nous ravitailler. En effet, les trois prochaines journées s’annoncent assez costaudes avec l’ascension de la cuesta de Queulat, une petite côte qui risque de nous occuper une bonne journée, et, surtout, sans aucun ravitaillement jusqu’à Villa Amengual, à 88 kilomètres de là. Comme à notre habitude nous partons de bonne heure (9h00) et longeons un moment le fjord de Puyuhuapi, avec en point de mire ce que nous pensons être le volcan Mentolat. Au bout d’une vingtaine de kilomètres, nous apercevons le glacier Colgante. Nous lui tournons le dos un moment et continuons paisiblement notre journée. A ce moment-là, on se dit qu’on pourrait grimper la cuesta Queulat dans la journée, tant la dépense énergétique a été faible depuis ce matin. Mais l’asphalte laisse brusquement place au ripio, et là commence une autre journée. Je n’avais pas pris conscience jusque là que lorsqu’on me disait que la Carretera Austral était en partie asphaltée, cela voulait aussi et surtout dire qu’elle avait été au préalable considérablement élargie, pour permettre une circulation normale dans les deux sens. C’est donc un chantier titanesque qui se déroule depuis plus de 20 ans. En effet, après avoir construit la piste de la carretera austral, le gouvernement Chilien a fait de cette piste une route, et le chantier, débuté il y a plus de 20 ans, continue encore. Là, il s’agit de bitumer une section de 18 kilomètres jusqu’au pied de la côte. Cela va durer deux ans. Nous évoluons donc dans ce chantier à ciel ouvert, au milieu des camions et des tractopelles, sur une piste extrêmement poussiéreuse. On bouffe de la poussière ; ça grince entre les dents. Parfois, Louna, pourtant toute proche de nous, disparaît de notre vue, engloutie par un nuage de poussière. On trouve finalement refuge sur une digue, à peine protégé de la route par des arbres. Nous décidons de passer la nuit là au bord de la rivière et passons ainsi l’après-midi à pêcher. Si on faisait abstraction de la poussière qui vient jusque dans nos tentes, le bivouac pourrait être qualifié d’idéal, ou idyllique. Nous en profitons aussi pour apporter quelques modifications sur les vélos des enfants (modifications des potences) comme il semblerait que Louna grandisse encore.




















Le deuxième jour est donc consacré à la cuesta de Queulat. Nous avions hésite à faire du stop mais finalement rien ne le justifiait : nous nous étions bien reposé à La Junta, la météo est excellente même s’ils annoncent de la pluie pour le lendemain, et il ne s’agit que d’une montée, rien de plus. Un mélange de parties bétonnées et de ripio nous accompagne pendant quelques kilomètres. Puis la piste s’élève et nous commençons les hostilités. Nous avons repéré sur la carte 16 virages au plus dur de la montée. C’est un peu notre Alpe d’Huez que nous allons gravir aujourd’hui, mais avec seulement 500 mètres de dénivelé. L’état de la route compense cependant largement le dénivelé manquant.
Il est 10h00 lorsque nous arrivons devant le panneau indiquant la cuestat Queulat. Cela fait pourtant un bon moment que nous poussons. L’inscription est rendue quasi illisible à cause des imbéciles qui collent les autocollants de leurs prestigieux voyages; Qu’ils soient motards, cyclovoyageurs ou camping caristes, ils sont de plus en plus nombreux à avoir cette fâcheuse habitude de coller leur nom sur des panneaux; Combien de panneaux de cols ou de villes sont ainsi rendus illisibles par ces crétins ? Le panneau de la cuesta de Queulat ne fait pas exception et est une victime de cette stickermania qui nous interroge.
A 10h40 nous en sommes au 3e virage. Il nous reste 380 mètres d’ascension. On profite du plat entre le 3e et le 4e virage. Entre le 4e et le 5e, on pousse. Je prends le vélo de Marion, Marion celui de Louna et les enfantas s’occupent du vélo de Siméon. Je reviens chercher le vélo de Marion plus tard. Au 5e virage, nous sommes doublés par une quinzaine de motards. Si la Carretera Austral fait le bonheur des cyclo, elle est aussi très prisée par les motards. Ce doit être le type de voyageurs que nous voyons le plus.
Au 6e virage, il est 11hOO. Cela fait plus d’une heure que nous grimpons et la fatigue commence à se faire ressentir. Au virage d’après, nous nous faisons doubler par un 4×4 arborant une enseigne de menuisier. A l’arrière brinquebalent des vitres de différents formats. Je n’ai jamais été un spécialiste pour amarrer des matériaux dans une remorque, mais là je pense que j’aurais essayé de faire mieux. En connaissant l’état de la route et la fragilité des matériaux concernés, j’ai une doute quant à la longévité des vitres qui s’entrechoquent à chaque caillou. Nous profitons à nouveau d’une petite section de plat entre le 8e et le 9e virage. Un bouchon s’est formé avant le 10e virage. Camions et voitures sont arrêtés ; un policier fait la circulation. Nous poursuivons et nous voyons la cause du problème dans le virage. Le chargement d’un camion est sur le bas côté. Peut-être le vitrier l’avait il aidé à sangler le tout; Je l’imagine lui dire, en haussant les épaules :
– Bah, ça devrait aller. Fais juste gaffe dans les virages.
Nous nous sommes souvent fait doubler par des camions au chargement douteux, et celui-ci paye pour tous les autres. Il n’y a plus qu’à espérer que ne gît pas un cyclovoyageur sous l’amoncellement de matériaux…
Au 11e virage, une française à vélo nous rattrape. Marion et Louna l’avait déjà croisée à La Junta et la revoient avec bonheur. Ce voyage est son cadeau pour ses 30 ans. Elle est jeune, et son vélo est bien plus léger que les notres (26 kilos, soit au moins la moitié due poids de celui de Marion). Elle nous abandonne donc au 12 e virage. C’est en sa compagnie que nous nous sommes fait doubler par les camions arrêtés par l’accident. Aujourd’hui c’est double peine ; Ils nous avaient déjà fait manger la poussière en bas de la montée ; là on en reprend une dose pour leur deuxième passage. Ce moment de la montée a une allure du salaire de la peur ; les camions rugissants grimpent comme ils le peuvent la cuesta Queulat, s’arrêtent au mieux pour croiser leurs congénères qui descendent, et font au mieux pour prendre soin des cyclovoyageurs.
Il est midi lorsque nous sommes entre le 14e et le 15e virage. La vue sur les montagnes en face de nous est superbe. Mais les ventres crient famine ; nous nous arrêtons rapidement pour manger quelques gâteaux mais la situation est inconfortable à cause de la poussière omniprésente. Nous devons continuer.
La portion entre le 15e et le dernier virage est courte et plate. La route s’élève encore après ce seizième virage. Après 11 km depuis notre lieu de bivouac, j’entends Siméon crier « asphalte » comme un naufragé crierait « Terre » après plusieurs jours passés sur un radeau de fortune. Il est 13h00 lorsque nous en terminons avec le ripio. Nous pouvons enfin faire une pause digne de ce nom, à l’abri de la poussière. Nous avons encore deux kilomètres de montée. Il est finalement 14h00 lorsque nous venons à bout de la cuesta de Queulat. Une ascension de 4 heures qui, avec nos sacoches, la piste et les camions, valait bien celle de l’Alpe d’Huez !




















La descente est magique ; on se régale à la fois des virages et de la douceur du béton. En face de nous, les paysages sont à nouveau sublimes; Des cascades jaillissent de toute part, les sommets sont immenses. Une énorme satisfaction après ce long effort. Il ne nous faut que quelques minutes pour descendre ce que nous avons grimpé en 4 heures. C’est malheureusement le lot de tout cyclovoyageur. Pour distance égale, on passe beaucoup plus de temps à monter qu’à descendre. Nous aurons encore le temps de le constater lorsque nous attaquerons nos gros cols andins, au nord de Santiago. Pour l’heure, nous arrivons en bas de la descente et aucun lieu ne se prête au bivouac; Nous continuons malgré la fatigue. La météo nous y encourage. Le soleil est resplendissant et la pluie est annoncée pour demain. Nous avons repéré un bivouac possible le long de la rivière Cisnes que nous longeons maintenant. Il nous faut encore pédaler. Les enfants sont partants. Au bas d’une descente, alors que je tracte toujours Siméon, le tendeur se coince dans sa roue avant. Il n’a pas le temps de me demander de m’arrêter que j’entends un gros bruit. Sa roue s’est bloquée, son vélo s’est couché. Siméon est trainé sur plusieurs mètres avant que le vélo lui passe dessus et je vois mon fils terminé sa course en roulé boulé. Ceux qui le connaissent savent qu’il est solide ; en témoigne sa carrure, certes un peu renforcée par une courbure de reins exagérée. Osseux, musclé, le Siméon plie mais ne casse pas. Il se relève et, une fois qu’il a exprimé avec fureur tout ce qu’il pensait de son vélo (il y a des situations où les jurons sont acceptés, même les plus vilains) et qu’on ait pensé sa plaie au genou, il se remet en selle et nous repartons à la recherche d’un lieu de bivouac. Nous écourtons notre recherche et nous réfugions sur une petite plateforme qui laisse juste la place pour une de nos tentes, coincée entre la rivière, les fourrés et, bien sûr, des barbelés. J’accompagne Siméon jusqu’à la rivière pour qu’il puisse y plonger son genou endolori. Les larmes inondent ses joues. Elles expriment de la douleur, mais aussi de la frustration et de la fatigue. Nous ne trainons pas et nous endormons vite après le repas.








On se refait le film. Est-ce qu’on pousse trop les enfants ? Leur a-t-on demandé de fournir trop d’efforts ? La journée a été difficile pour tout le monde. On le savait avant de la commencer, et on en aura d’autres comme cela ; des bien plus difficiles même. Nous avons cherché en vain un lieu de bivouac agréable où on aurait pu bien se reposer et où Siméon aurait pu pêcher. Certes, il y avait bien un semblant de camping sur notre route, mais il était peu engageant et on était tous d’accord pour dire qu’il était préférable de chercher un lieu de bivouac près d’une rivière. L’accident est toujours bête. Il arrive toujours en fin de journée, quand la fatigue est bien installée et exclue toute vigilance. Finalement plus de peur que de mal ; le lendemain Siméon peut reprendre le vélo et nous grimpons encore 300 mètres de dénivelés en 16 kilomètres pour arriver à un « refuge de cyclistes » à villa Amengual. La pluie tant redoutée arrive par petites gouttes. Rien de bien méchant. Le repos est cependant de mise et nous passons la nuit ici avant de repartir demain pour Coyhaique. Nous espérons y être dans 5 jours. La météo est toujours exceptionnelle ; nous en profitons, avec le plus de modération possible…
PS : le montage vidéo demande pas mal de temps et de concentration. Nous ne faisons qu’une courte halte à Villa Amengual ; cela ne nous permet pas de faire plus que ce petit récit. Ce sera donc pour plus tard. Faites comme nous dans les montées : soyez patients !
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Coucou du Népal. Quelle belle aventure vous vivez, merci de vos partages et encore bravo à Siméon et Louna. Mais aussi aux parents de partager cela en famille. Bises à tous. Marc
Ce petit récit comme vous dites, est bien explicite, à tel point que je voyage en votre compagnie. Heureiusement pour Siméon, cette chute sans grande gravité pour la suite de votre voyage.
Bonne continuation.
Superbe voyage pour toute la famille, Ils sont courageux les enfants Louna et Siméon, bravo à eux,
C’est un vrai plaisir se suivre votre escapade dans les Andes
Bon courage pour la suite et toutes mes amitiées Alain
Siméon est un warrior 💪 on croise les doigts pour la suite 🥰
Bravo, pour cette étape et courage à Siméon